PLACEMENT SOUS MANDAT DE DÉPÔT DU LEADER DE PASTEF, DISSOLUTION DE SON PARTI : Les raisons non-dites d’un «acharnement»

 

Il faut dire que, cette mesure inique, tout le monde la sentait venir tant la trajectoire ascendante de cette formation politique affole les compteurs et donne une peur bleue aux tenants du pouvoir. En effet, à peine sorti de son statut embryonnaire, ce parti politique porté sur les fonts baptismaux en janvier 2014 par de jeunes cadres de l’administration publique, du secteur privé et des professions libérales, a vite conquis les cœurs et fait adhérer à son projet de société des milliers et des milliers de jeunes Sénégalais d’ici et de la diaspora. Déjà, dans leur “Appel aux patriotes”, ces jeunes cadres aux dents longues se posaient les questions de savoir, “pourquoi le Sénégal, malgré sa tradition intellectuelle aussi ancienne que forte, malgré qu’il n’ait jamais connu de coup d’Etat militaire, malgré qu’il ait longtemps été choyé par l’aide publique au développement, malgré qu’il se targue de cultiver une cohésion sociale solide et de posséder une administration publique correcte, pourquoi le Sénégal n’a pas su se hisser, au minimum, au même niveau que la Malaisie, un pays qui, il y a 50 ans, ne partait pas sur de meilleures bases que nous alors qu’il nous fait aujourd’hui rêver ? Pourquoi le Sénégal, qui avait le même niveau de développement que la Corée du Sud en 1960, est actuellement classé au 155e rang mondial de l’indice de développement humain, au moment où le « Pays du Matin calme » (dont les marques Samsung, LG et autres Hyundai font le bonheur des Sénégalais) occupe le 15e rang ? Et pourquoi le Sénégal, pays qui, malgré les ravages de la colonisation, est sorti de cette période avec davantage d’acquis (port, université, chemin de fer, cadastre urbain…) que les autres colonies françaises de l’ouest africain, se voit aujourd’hui supplanter dans bien des domaines par ses voisins ?”.

Des questions fondamentales dans un pays doté d’abondantes ressources naturelles mais où, malheureusement, les jeunes bravent les houles meurtrières des océans pour se chercher un avenir meilleur dans les Iles Canaries. Mais surtout dans un contexte où le jeune leader charismatique de ce parti qui vient d’être dissous multiplie les révélations de détournements de nos maigres deniers publics tout en proposant des “Solutions”pour sortir de cet horizon sombre.

Ainsi, trois ans seulement après la création de son parti, Ousmane Sonko, inspecteur principal des Impôts et des Domaines, révoqué de la fonction publique par décret présidentiel N° 22016-1239 du 26 août 2016 “pour manquement à l’obligation de discrétion professionnelle”, engage la bataille des élections législatives en août 2017. Avec 37.705 des suffrages valablement exprimés, il obtient un siège au Parlement de la place Soweto où il se distingue brillamment pendant la législature qui a suivi.

En 2019, le leader de Pastef se présente à l’élection présidentielle et engrange 687.065 voix soit 15,67 % des suffrages. Il se classe troisième derrière le président sortant, Macky Sall, vainqueur du scrutin, et le leader de Rewmi, l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck. Autre performance de taille réalisée par Ousmane Sonko lors de ce même scrutin, sa victoire éclatante dans la région de Ziguinchor où il fait mordre la poussière aux deux mastodontes de la majorité présidentielle réunis, les maires Abdoulaye Baldé et Robert Sagna en récoltant pas moins de 101.938 voix, soit 57,27% des suffragesvalablement exprimés.

Naturellement, à partir de cette élection, les regards sur la nouvelle coqueluche de la jeunesse sénégalaise et chouchou de sa diaspora changent. Sa montée en puissance inquiète les tenants du régime qui voient en lui un coriace adversaire qui plus est, durant toute sa carrière dans l’administration fiscale, n’a jamais fait l’objet de rapport pour une quelconque prévarication. Il se réclame clean et crache sur les délinquants à col blanc qui, selon lui, infestent le système.

Des accusations grotesques

Pour les thuriféraires du président Macky Sall alors obnubilés par une troisième candidature à la présidentielle de leur mentor en 2024, il urgeait de réserver à ce jeune insolent le même sort que Khalifa Sall et Karim Wade en 2019 en utilisant l’appareil judiciaire pour invalider leurs candidatures. En 2021, une sulfureuse masseuse accuse Ousmane Sonko de l’avoir violée à plusieurs reprises sous la menace de… deux pistolets ! La plaignante se dit même enceinte des œuvres du patron de Pastefaccusé également de “salafiste”, de “rebelle” et de tous les noms d’oiseaux. Dans la foulée, le ministre du Tourisme, l’un des piliers du régime, Mame Mbaye Niang, l’accuse de diffamation dans l’affaire Prodac pourtant déjà tranchée par la justice contre des organes de presse. Et dans cette affaire, pour la première fois dans un procès en diffamation opposant deux citoyens, le ministère public était plus motivé que le plaignant ! L’affaire jugée en mode fast-track aboutit en première instance à une condamnation de l’opposant trop clémente aux yeux du parquet — surtout que la peine infligée à Sonko n’entraînait pas sa disqualification à la présidentielle de 2024 — est enrôlée en seconde instance sur appel du procureur de la République bien avant même l’épuisement des délais de rigueur impartis à la partie défenderesse pour interjeter appel. La messe étant proprement dite même avant le procès pour la seconde affaire dont la grossesse supposée de la victime tardait à se matérialiser deux ans après — un crime finalement disqualifié en… corruption de la jeunesse à l’issue d’un procès par contumace — il ne restait plus, en effet, que l’affaire Mame Mbaye Niang pour écarter de la course à la présidentielle ce redoutable challenger. Mais c’était compter sans la résistance des partisans et sympathisants de Ousmane Sonko qui ont fait bloc tout au long du processus derrière leur leader.

Donc nonobstant les épines jetées sous ses pieds, Ousmane Sonko, tête de pont de la coalition Yewwi Askan wi, dont la liste des titulaires a été injustement disqualifiée, parvient à rafler les grandes villes du pays aux élections locales du 23 janvier 2022. Dakar, Thiès, Rufisque, Diourbel et Ziguinchor, entre autres, tombent dans l’escarcelle de l’opposition. Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, même écarté des listes validées, le patron de Pastef, par sa seule présence, permet à la coalition Yewwu-Walu de remporter 80 sièges sur les 165 de l’Assemblée nationale. Un score historique jamais atteint au Sénégal en mettant le pouvoir en ballotage.

Homme politique le plus persécuté etle plus adulé du pays

En fait, depuis l’élection présidentielle de2019, Ousmane Sonko est l’homme politique le plus persécuté mais également le plus adulé du pays. Selon le très réseauté journal Confidentiel Afrique, les résultats de deux sondages commandités par des firmes pétrolières et réalisés dans la période de mars à avril 2023 par deux cabinets privés réputés sérieux et ayant pignon sur rue à Londres et Sydney, créditent pour le premier, l’opposant sénégalais de 52,34% des voix dès le premier tour devant Macky SALL, le président sortant, Idrissa SECK, DèthiéFALL, Bougane GUEYE, un entrepreneurmédia, Thierno Alassane SALL, Khalifa SALL et Karim WADE, alors que le second fait état d’un report massif de voix sur le leader du Pastef en cas de deuxième tour présidentiel.

Une autre raison de la peur bleue des tenants du pouvoir à l’endroit de Ousmane Sonko, c’est sa popularité croissante à l’international et sa présence dominante sur les réseaux sociaux. Invité le 06 juillet dernier sur France 24, le leader de Pastef a été suivi en 48h par plus d’un million d’internautes ! Un record pour un leader africain surtout que, trois semaines après, la chaîne française a enregistré avec la même interview 1 962 646 vues là où Macky Sall invité le 09 juin 2022 n’a eu que… 333 963 vues. Pis, le discours dit historique portant renonciation à une troisième candidature de Macky Sall diffusé le 4 juillet 2022, n’a été jusqu’ici visionné que par 293 669 personnes. Jusqu’ici, seule l’ancienne Première ministre Aminata Mimi Touré, invitée par la même chaîne de télévision le 28 mars 2023, a pu dépasser la barre d’un million de visionnements avec 1 142 042 vues. Quant à Khalifa Sall de Takhawou Sénégal, invité le 4 juillet 2023, et Déthié Fall, coordonnateur de Yewwi Askan wi, invité le 09 juin 2023, ils ont enregistré respectivement 111 519 vues et 72 468 vues. Le patron de Rewmi,Idrissa Seck, pour sa déclaration de candidature le 14 avril 2023 n’a été suivi, pour sa part, que par 46 194 personnes. Une misère.

Cette domination de Ousmane Sonko sur la toile est matérialisée par son compte officiel sur Facebook qui enregistre plus d’un million de followers contre 759 000 pour Macky Sall, 637 000 pour Alioune Sarr, 453 000 pour Bougane Gueye, 362 000 pour Barthélémy Dias, 214 000 pour Aly Ngouille Ndiaye, 156 000 pour Amadou Ba, 138 000 pour Guy Marius Sagna, 108 000 pour Khalifa Sall, 103 000 pour Idrissa Seck, 79 000 pour Abdoul Mbaye et …3500 pour Karim Wade. Sur le réseau social Instagram, Ousmane Sonko est également leader avec 292 000 followers, suivi de Macky Sall avec 267 000. Pour les autres, seul Bougane de Gueum Saa Bopp dépasse à peine la barre des 50 mille avec 54 100 followers.

Sur Twitter, le président de la République Macky Sall qui a occupé en même temps la présidence de l’Union africaine totalise 2 503 423 abonnés contre 789 723 pour Ousmane Sonko, 393 046 pour Khalifa Sall, 126 831 pour Abdoul Mbaye, 101 841 pour Aly Ngouille Ndiaye, 80 720 pour Aminata Mimi Touré, 64 913 pour Abdoulaye Diouf Sarr, 61 296 pour Idrissa Seck, 35 608 pour Amadou Ba, 21 119 pour Bougane et …240 followers pour Karim Wade, le candidat du Pds.

Ce leadership de Ousmane Sonko sur les réseaux sociaux est confirmé par les reprises virales de ses moindres faits et gestes. Quand le patron de Pastefannonce raffoler de “beignets dougub”,c’est tout le pays qui se met à en consommer au grand bonheur des vendeuses de beignets à base de farine de mil produite localement. Et quand il exécute un coup de Maï géri, vaut mieux surveiller ses arrières quand on côtoie un de ses sympathisants.

Plus qu’un parti politique, le Pastef de Ousmane Sonko est un esprit incarné par un projet révolutionnaire ancré dans des centaines de milliers de cœurs et qui a vite franchi nos frontières. Emprisonner ses concepteurs et sympathisants, le dissoudre serait assurément une tâche herculéenne. Le chef des “Patriotes”, qu’on l’aime ou pas, reste la plus grande révélation politique continentale de ces dernières années. Et ça, nul n’y peut rien. Au contraire, son emprisonnement et la dissolution de son parti ne feront qu’accroître son audience au Sénégal, en Afrique et dans le monde !