Avec le « Brexit », l’Union européenne subit un désaveu majeur

L’Union européenne (UE) vient de subir un désaveu majeur. Elle a été rejetée, jeudi 23 juin, par une majorité de Britanniques. Dans sa sobre et brutale vérité, telle est la leçon du référendum organisé par le premier ministre conservateur, David Cameron. Cela veut dire que la deuxième économie de l’Union – après l’Allemagne– quitte le projet européen. Cela veut dire que l’un des rares pays de l’UE à disposer d’un appareil de défense conséquent et d’une diplomatie de poids délaisse l’Europe.
Par quelque bout qu’on prenne cette triste affaire, elle est une défaite pour l’UE, qui en sort affaiblie à l’intérieur de ses frontières et dont l’image à l’extérieur est celle d’une entité sur le déclin. On peut penser que c’est injuste au regard du bilan considérable qui est celui de l’Europe. On peut juger que M. Cameron a été un bien piètre défenseur de l’Union – le chef conservateur est fondamentalement un eurosceptique qui a rarement eu un mot en faveur de l’UE. On peut penser que les Britanniques prennent un risque énorme. C’est désormais leur affaire, ils ont tranché, démocratiquement. Ils mettent fin à quarante-trois ans de participation à un projet européen qui ne leur a pas mal réussi.

Mais nous pensons d’abord à l’Europe, aux 27 Etats qui la constituent dorénavant. L’UE encaisse un revers de proportion historique. Les 27 ne peuvent pas ne pas en tirer les conséquences. Le pire serait de continuer comme avant, avec une dynamique qui, à tort ou à raison, génère bien plus d’euroscepticisme que d’euro-enthousiasme.

Le plus mauvais réflexe aujourd’hui serait de penser que cette affaire se résume à une décision catastrophique prise par les Britanniques, le repli sur leur insularité, et qu’elle n’empêchera pas le projet européen de continuer comme « avant ». La posture la plus irresponsable serait de tout mettre sur le dos de la démagogie, de la xénophobie et des mensonges qui ont marqué la campagne menée par les dirigeants conservateurs partisans du « Brexit ». On peut certes dénoncer les facilités du populisme électoral, en l’espèce cyniquement exploitées par un Boris Johnson, l’ancien maire de Londres. Mais cela ne veut pas dire qu’il faille renoncer à comprendre ce réflexe de rejet européen ni à avoir regard autocritique sur l’UE telle qu’elle va.
avec lemonde.fr

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