USA : Trump inculpé, crie au scandale

Donald Trump a été inculpé, jeudi 30 mars 2023, dans une affaire d’achat du silence d’une actrice de films pornographiques en 2016 et devrait comparaître le mardi 4 avril devant la justice pénale de New York. Un fait historique sans précédent pour un ancien président américain, qui dénonce une « persécution politique ». Décryptage de cette inculpation et ses conséquences avec Julien Tourreille, chercheur à la chaire Raoul-Dandurand de l’université du Québec à Montréal.

RFI : À l’origine de l’inculpation, l’ancien président américain est mis en cause dans le cas de l’affaire Stormy Daniels.  Il s’agit d’une actrice de films pornographiques dont il est suspecté d’avoir acheté le silence pour 130 000 dollars. Que lui reproche-t-on exactement ?

Julien Tourreille : On n’a pas encore très précisément l’acte d’accusation et les crimes pour lesquels il va être accusé. Mais ce qui est essentiellement reproché à Donald Trump dans ce que l’on sait, c’est non seulement d’avoir falsifié des documents d’affaires, puisqu’il a opéré le remboursement de son avocat qui avait versé la somme à stormy Daniels en falsifiant les comptes de l’une de ses entreprises. Et cette falsification, selon les procureurs de Manhattan, aurait engendré une violation des lois sur le financement des campagnes électorales aux États-Unis. Ce seraient les deux crimes, si l’on peut dire, qui lui seraient reprochés.

Que va-t-il se passer désormais ? Donald Trump va-t-il répondre à l’injonction de la justice new-yorkaise ?

Ce que l’on sait d’emblée, ses avocats et son entourage ont été très clairs, on sait qu’il va répondre favorablement à la convocation de la justice de Manhattan. Il va se rendre vraisemblablement en début de semaine prochaine, probablement mardi, aux autorités de Manhattan. S’il avait refusé, on aurait pu éventuellement avoir un débat juridique, voire un conflit juridique, contre la juridiction de Manhattan et celle de la Floride où réside actuellement – à Mar-a-Lago – l’ancien président des États-Unis. Et sur cette question-là d’ailleurs, le gouverneur de la Floride, et adversaire probable de Donald Trump dans le cadre de la primaire du Parti républicain pour l’élection de 2024, avait très tôt annoncé hier soir, jeudi 30 mars, qu’il ne collaborera pas avec les autorités de Manhattan et qu’il refuserait finalement de livrer l’ancien président à la justice de New York. C’est vrai qu’on peut s’attendre à une bataille judiciaire très longue qui, évidemment, fera en sorte que l’affaire ne sera pas tranchée avant l’élection présidentielle de 2024. Ça devrait d’ailleurs aboutir à quelque chose de significatif.

Est-ce que l’inculpation de Donald Trump peut l’empêcher de se présenter à cette élection présidentielle ?

Pas du tout. Il n’y a rien dans la loi, dans la Constitution américaine qui empêche une personne mise en accusation, voire accusée – d’ailleurs, c’est l’un des vides de la Constitution américaine – à se présenter. Et au-delà de ça, on constate en fait que, depuis une dizaine de jours, alors que Donald Trump avait déjà annoncé sur les réseaux sociaux son arrestation en quelque sorte, sa mise en accusation, qu’il bénéficie politiquement, du moins à court terme dans la perspective de la primaire républicaine, de cette affaire-là. Il en bénéficie en amassant de l’argent pour financer sa campagne. Il doit avoir amassé déjà à peu près 2 millions de dollars, si ce n’est plus. Il en bénéficie dans les intentions de vote de l’électorat républicain. Il a gagné des points, notamment par rapport à son adversaire putatif Ron DeSantis et il ne fait guère de doute que sa base va être remobiliser et, plus largement, l’élite du Parti républicain va être contrainte d’appuyer l’ancien président des États-Unis dans cette affaire-là.